Redonner de l’espoir

Ahmed Charaï

Ahmed Charaï

Mohamed Abdelaziz est mort après une longue maladie. L’histoire jugera son action à la tête de Polisario pendant 35 ans. Son alignement aveugle sur l’Algérie, la dictature imposée dans les camps, demeureront dans les mémoires. Mais ce n’est pas à nous Marocains, seuls, d’établir ce bilan. Cette mort et les changements qu’elle induira peuvent ouvrir une nouvelle page vers la résolution d’un conflit factice qui n’a que trop duré. Il faut garder en tête que des dizaines de milliers de gens vivent à Tindouf dans des conditions pénibles. Ils ne bénéficient ni de la libre circulation, ni d’emploi, ni de la libre expression, ni d’aucun droit. La jeunesse des camps a les mêmes envies que ses cousins et frères des provinces du Sud. Ces aspirations légitimes ont été exprimées, à plusieurs reprises, par des manifestations durement réprimées. La direction du Polisario n’offre aucune perspective viable à cette jeunesse. L’option séparatiste est une voie sans issue. Le ni guerre ni paix, le cessez-le-feu en vigueur depuis 23 ans, le refus de toute ouverture politique, maintiennent ces populations dans une situation qui s’éternise, sans espoir d’en sortir. Pendant ce temps, les provinces du Sud se développent plus rapidement que le reste du Maroc, les gens sont heureux d’y vivre. Dakhla est devenue une destination touristique privilégiée, même les membres de la famille royale y prennent des vacances. Laâyoune est une métropole émergente. Aujourd’hui, les jeunes sahraouis caressent plein de rêves et ont de grandes chances de les réaliser. Ils sont hyper actifs dans l’associatif, tous connectés et très présents sur les réseaux sociaux et ils s’investissent dans des projets novateurs. Ils jouissent des libertés démocratiques, s’organisent, votent en masse, utilisant le bulletin comme une affirmation d’appartenance. La nouvelle direction du Polisario, si elle prend en compte l’intérêt de cette jeunesse, doit saisir la main tendue par le Maroc. L’autonomie élargie, sous souveraineté marocaine, est la seule option viable. Ses modalités peuvent être négociables, mais la souveraineté ne l’est pas. Il y a donc une chance à saisir, encore faut-il s’assurer de l’autonomie de décision des Sahraouis de Tindouf. Ce qui est loin d’être le cas. La jeunesse des camps est traversée par des phénomènes inquiétants. N’ayant aucun débouché, aucune perspective collective ou individuelle, elle sombre dans les trafics de tous genres et constitue un vivier pour les sergents recruteurs du jihadisme sahélien. Ce sont des vérités établies et reconnues par les rapports officiels de différentes chancelleries. Quarante ans que ce conflit dure et ce sont les populations des camps qui en payent le prix. Elles vivent de l’aide humanitaire, souvent détournée par leurs dirigeants, n’ont aucun avenir à offrir à leurs enfants et ne peuvent quitter les camps qu’au péril de leur vie. La situation est telle que la nouvelle direction est face à un moment historique. Si elle choisit la continuité dans l’erreur, l’enlisement, elle dépendra du résultat des luttes internes du pouvoir algérien, au détriment des intérêts de ceux qu’elle prétend représenter. Si au contraire, elle accepte de vrais pourparlers en vue d’une solution politique, alors elle mettra fin au calvaire des jeunes des camps. Leur pays les attend pour participer à son essor, en tant que citoyens à part entière avec des droits, des obligations et l’opportunité de l’espoir.

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