Négligences meurtrières

Un autre accident d’autocar survenu près de Marrakech. Dernier bilan, 42 morts et 24 blessés. Et il risque de s’alourdir puisque le cas de 19 blessés est très critique. Ce n’est ni le premier ni le dernier si on continue à négliger le phénomène. Chaque fois qu’un malheur arrive, on déplore et on reprend de plus belle cette anarchie meurtrière qui secoue le monde du transport public. Sur la chaîne 2M le directeur régional de l’Equipement et du transport évoque toutes les responsabilités sauf celle de son département. Bien sûr les chauffeurs sont responsables et parfois malgré eux. Bien sûr aussi les propriétaires des autocars obligent les conducteurs à faire des allers-retours incessants, sans repos. Bien sûr certains engins circulent avec beaucoup de défauts techniques. Bien sûr, tout cela, on en a parlé des années durant.

Mais le représentant du ministère, qui semble ânonner un texte éculé, n’a pas posé la seule question de bon sens dans ce cas. Pourquoi l’autocar s’est-il retrouvé 300 mètres plus bas ? Des routes aussi dangereuses ne devraient-elles pas comporter, obligatoirement, des protections latérales? Le ministre de l’Equipement et du transport ne dit pas autre chose. Il précise même qu’il n’y a aucune relation de causalité entre l’infrastructure et l’accident. On peut vérifier cela tout de suite, si le ministre le veut.

Jusqu’à maintenant, aucune affaire n’a été portée devant la justice et médiatisée afin de connaître la réalité. Seul l’accident est médiatisé. Après, on referme le dossier.

Jusqu’au prochain accident. Quelques larmes plus tard, on oublie tout. Repos aux âmes des victimes. Pourtant, rien n’est plus simple que de maîtriser le monstre. Des visites techniques sévères et incorruptibles, des contrôles routiers réguliers et incorruptibles, un suivi de l’état des routes par une administration vouée au service public, et là aussi incorruptible, loin des petites guéguerres politiques stupides et désastreuses.

Pour revenir au cas présent, le gouvernement devrait être poursuivi pour négligence ayant causé la mort de citoyens et le propriétaire de l’autocar pour gestion abusive du transport (il y avait aussi surcharge). Après, les experts nous diront si du côté technique, il y avait ou pas des défaillances. Peu sûr que tout cela se fasse, l’expérience ne permet pas un grand optimisme. Tant que les autocars roulent à 140 Km/h sur autoroute et à plus de 80 en milieu urbain, ce qui est vérifiable chaque jour, il y aura toujours des morts. Et tant que les agents de la circulation laissent faire pour des raisons que tout le monde connaît, il n’y a aucune issue à l’horizon. Le comité national de prévention des accidents de la circulation qui a été géré depuis longtemps de manière cavalière, montre une réelle volonté de changer les choses. Mais sera-t-il capable de faire tout seul ?