Ces artistes qui comptent pour reins

La vie est un incroyable passage à vide. C’est la mort qui détient le dernier mot, le pot plein et l’approche d’une terrifiante vitalité. L’au-delà se positionnant en vivacité inusuelle, nous croyons croire, essayons de comprendre, résilions-nous et passons la main. Cette introduction, forte en incompréhension sagement cultivée, se prétend mère d’une vague bien houleuse. Y arrivons, phrasons de cet art tellement prenant et dit contemporain, «quand on pourra» aurait vociférer l’inégalé homme de théâtre Tayeb Saddiki, et nous en suiveurs. L’art contemporain. Ce beau machin qui ne cesse d’embellir, cette machine qui n’arrête pas de se faire belle. Savons-nous que l’art ne nous déteste pas mais est, à chacune de sa sortie, un contemplateur, un vice-l’art. Et ces installateurs qui nous prennent à la gorge, qui nous parlent un langage déterminant et jamais déterminé ? Le «produit» est définitif, l’approche plurielle. Ceci est notre accroche, dans le sens spacieux du terme. Sachons une chose : à force de les fréquenter, nous arrivons à cette conclusion : les artistes sont des êtres heureux, malheureux par la force de ou des autres. Le coeur gros comme ça, ils ne doutent de reins. D’où cette création sans limite, cette créativité douloureuse. La soif d’arriver est légitime, le savoir est primordial. L’art est d’une cruauté insondable. L’art est d’une terrible justesse. L’art est une incontournable fille de joie. L’art est aimant. L’art, puisqu’il ne choisit pas, se fait souvent mal. L’art est ceci et bien au-delà. L’art est ART. Soyons, loin de cette «profession », les gardiens d’un temple à la laïcité criante. Espérons-le et continuons à le crier en empruntant les langages les plus déterminants. En fait, l’art est plus une approche qu’un métier. Celui qui en fait l’inverse est un improbable, un indéterminé, un imposteur. L’art est un enfant de bonne famille. Le critique est un enfant de la famille d’en face.

ANIS HAJJAM