EURO Le BIG-BANG ?

Vincent HERVOUET

Il y a une fatalité estivale. Saison meurtrière pour les personnes âgées. Et période privilégiée pour l’éclatement de crises que l’on sait inéluctables sans pour autant savoir quand et comment elles surviendront. C’est avec cette perspective menaçante en tête que les dirigeants de l’Union européennes ont rallié Bruxelles pour y tenir le sommet trimestriel que tous ont préparé fiévreusement comme s’il s’agissait du rendez vous de « la dernière chance ». L’expression a été si souvent répétée depuis trois ans qu’elle a perdu tout crédit mais il reste l’idée qu’on puisse encore conjurer la fatalité, qu’au bord du précipice, un reflexe de survie impose la marche arrière. Le problème de l’Union européenne, c’est qu’elle ne connait que la marche avant. Ses pères fondateurs l’avaient pensée ainsi. L’Europe est la dernière utopie d’un continent qui les a toutes essayées. Dans la machinerie bruxelloise, il y a un fantôme.

L’internationalisme est cette idéologie de l’Europe. L’idée que le stade des Nations doive à tout prix ( !) être dépassé. Que cela se fasse par l’intégration des économies. Et en cachette des peuples toujours prêts à s’abandonner aux passions de la politique, d’où ces référendums presque toujours perdus. Dans cette course au fédéralisme, l’Euro a joué le rôle d’accélérateur. La création de la monnaie unique a été un acte de foi. Les pays qui l’ont adopté ont renoncé à des pans essentiels de leur souveraineté en échange d’une sécurité et d’une promesse de prospérité qui apparaissent aujourd’hui comme autant de paris perdus. Comme si une monnaie unique pouvait survivre avec 17 politiques économiques et budgétaires indépendantes…

Une conversion enthousiaste au libéralisme le plus ultra s’est accompagnée de litanies sur l’Europe sociale et l’harmonisation fiscale qui sont restées des voeux pieux. Le tsunami financier parti de Wall-street s’est transformé en crise des dettes souveraines en traversant l’Atlantique. L’Euro a été le vecteur de contagion du mal. Et il a interdit aux pays du sud de se relever malgré les sacrifices qu’imposaient les plans d’austérité. A part autoriser une nouvelle levée de fonds à des taux d’usurier, le dernier plan concocté par Mariano Rajoy n’aura servi à rien. Les Espagnols endurent, le pays est étranglé, l’économie reste à terre et les banques vérolées par des actifs pourris. Cette bombe bancaire peut exploser à tout moment. Idem en Italie.

Le crédit que les marchés accordent à Mario Monti, ancien banquier et ancien commissaire européen, lui permet encore de procéder à des levées de fonds mais il est le seul à sembler croire que le plan d’austérité de 25 milliards d’euros va redresser la situation. L’économie italienne ne se redresse pas. Elle penche davantage que la tour de Pise. Depuis trois ans, les conseils européens tentent de sauver la zone euro de la faillite, sans avoir jamais obtenu davantage qu’un sursis. Portugal, Grece, Espagne, Italie… A chaque épisode du drame européen, à chaque éruption de défiance des marchés, les dirigeants européens se sont entendus sur des demi-mesures, souvent dilatoires. Tout un appareillage technique que les parlements nationaux ont ensuite ratifié, en général à contrecoeur. Ce bricolage n’a pas permis de sauver le système.

D’où l’idée qu’il faille aller plus loin. Profiter de la crise et s’offrir le saut fédéral qu’aucun peuple n’aurait accepté à froid. Aller plus avant dans l’intégration par l’introduction d’eurobonds, par la mutualisation des dettes et la mise en place d’une politique puissante d’infrastructures, de recherches et d’industrialisation. Sans jamais l’avouer publiquement, il s’agit de nouveaux transferts de souveraineté, notamment le droit de véto sur les budgets nationaux donné à la Banque centrale Européenne. C’est ce bigbang fédéral qu’ont proposé les responsables des quatre institutions européennes (Hermann Van Rompuy pour le Conseil européen, José Manuel Barroso pour la Commission, Mario Draghi pour la Banque centrale Européenne et Jean-Claude Junker pour l’Eurogroupe), à la veille du sommet. Symbole des errances européennes : Chypre au même moment lancait un appel à l’aide au FMI et à ses partenaires de la zone euro. C’est la tragédie grecque, mais en mineur : seulement 10 milliards d’euros sont réclamés. Et cela n’empêche en rien le gouvernement chypriote de se féliciter de prendre à partir de dimanche et pour six mois, la présidence tournante de l’Union européenne…